Tati Barbès se transforme en Grand Magasin Éphémère et affirme sa nouvelle identité culturelle
Le célèbre bâtiment haussmannien est aujourd'hui occupé par l’Union de la jeunesse Internationale, un centre culturel temporaire dédié aux cultures africaines avec un concept store, une bibliothèque, une cafétéria, des ateliers et des expositions. Pour 2025, il se réinvente en un "Grand Magasin Éphémère", un projet multiple à cheval entre la mode, les arts et le design avec, en ce moment, une exposition consacrée aux photographes Seydou Keïta et Malick Sidibé.
Le 30 septembre 2021, le magasin Tati, figure historique de l’angle des boulevards Barbès et Rochechouart à Paris, baissait définitivement le rideau baisser le rideau. Créé sous l’impulsion de Jules Ouaki, sellier juif d’origine tunisienne né en 1915 et établi en France après la Seconde Guerre mondiale, le magasin aux lettres bleues lumineuses connu pour ses prix modiques avait immédiatement séduit la clientèle populaire du quartier. De quoi lui permettre… bien aidé par son célèbre slogan publicitaire d’alors, « Tati, les plus bas prix », d’attirer près de 40 000 clients quotidien à fin des années 1970.
On vous passe quelques épisodes, mais bien des galères économiques plus tard — et une célèbre pandémie mondiale qui aura définitivement planté le dernier clou dans le cercueil —, l’immeuble fermait définitivement ses portes il y a presque quatre ans. « Un crève-cœur. C’est aussi une partie de notre patrimoine français qui s’en va… », pouvait-on lire de la part d’une habitante du quartier dans un article du Point d’alors. Fort heureusement, sa crainte, ressentit par beaucoup d’habitants, a été entendue.
Place à la jeunesse
Depuis 2022, le célèbre bâtiment aux lettres bleues lumineuses héberge les activités de l’Union de la jeunesse internationale. Ce centre culturel lancé par Youssouf Fofana, créateur de la marque Maison Château Rouge, cherche à faire « briller les diasporas, les cultures africaines et la culture au sens large. Talks, pop-up stores et autres cafés font vibrer ce QG qui brasse des individus du monde entier », peut- on lire dans une interview que lui a consacré le magazine Marie-Claire hier. C’est à lui que l’agence Forest et le promoteur Immobel, propriétaire depuis novembre 2021 des anciens magasins Tati a choisi de confier la tâche de faire vivre le lieu.
Une belle ambition pour le jeune entrepreneur de 35 ans… déjà parfaitement aguerri. Grâce au succès planétaire de sa marque, qui lui a notamment permis de signer des partenariats ultra exclusifs avec Nike, tout en mettant un point d’honneur à garder une certaine éthique dans ses process, Youssouf Fofana avait par exemple été invité au sein de la délégation d’Emmanuel Macron lors de sa tournée africaine en novembre 2017.
Après avoir investi une première fois l’îlot « TATI » — son nom officiel — avec District 23, un espace culturel et sportif polyvalent conçu avec la marque Jordan, Youssouf Fofana revient en 2025 avec le Grand Magasin Éphémère. Jusqu’au 25 juin prochain, ce temple éphémère du style et de l’artisanat célèbrera la mode, le design et la culture en proposant une bibliothèque, des ateliers et des expositions, un concept store ainsi qu’une cafétéria. Tout le dispositif étant pensé comme un rendez-vous culturel inédit et interdisciplinaire dédié aux diasporas et aux cultures africaines.
En collaboration avec la galerie Magnin-A, une exposition consacrée aux photographes Seydou Keïta et Malick Sidibé sera visible jusqu’au 23 février prochain. Elle rassemble une série de clichés pris en 1998 à la sortie du métro Barbès pour le magazine Tati 50×50. Tout au long de l’année, d’autres expositions et événements viendront étoffer la programmation. Concernant le prêt-à-porter, plusieurs créateurs indépendants présenteront leurs collections. L’espace Communauté internationale met en avant des marques influencées par les contre-cultures et portées par des valeurs qui dépassent le simple cadre de la mode. Parmi elles, on retrouve Omo Ita, Maryse Segu, Maison Château Rouge, Just Kids ou encore Free the Youth.
Un second espace, baptisé Matières Premières, réunit des labels incarnant une nouvelle vague de designers attachés à l’artisanat local. Des noms comme Kartik Research, Meerma Earth, Forêt Vierge, Reward If Found, Fichu ou Benoit Lalloz y trouvent leur place.
À l’image du temps — limité — de sa mission avec l’Union de la jeunesse internationale, ce projet éphémère imaginé par Youssouf Fofana précède « une restructuration ambitieuse, dans l’esprit éclectique qui caractérise ce bâtiment, permettant d’accueillir à terme une grande diversité d’usages, dont un lieu culturel, des bureaux, des logements, des commerces et une résidence hôtelière », découvre-t-on sur le site de la mairie du XVIIIème arrondissement. Ce vaste projet immobilier, porté par le promoteur Immobel, avait suscité l’enthousiasme au sein du conseil municipal au moment de sa validation en 2021.
« Je me réjouis que ce lieu emblématique puisse bientôt offrir de nouveaux logements au quartier. Ceux-ci permettront à des ménages de toutes classes sociales de continuer à se loger au cœur de Paris », avait déclaré dans un communiqué Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris en charge du logement, de l’hébergement d’urgence et de la protection des réfugiés. Alors que l’objectif de Immobelde était initialement de livrer l’ensemble pour le premier semestre 2024, les travaux n’ont semblent-ils… toujours pas commencer.