« Sur un coup de tête, je suis partie avec ma planche de paddle, ma valise et mon chien », Sandrine Plasseraud (The Seventh House)
Participer à une course de stand up paddle sur le lac d'Annecy gelé, en plein mois de janvier : l’ex fondatrice de We are Social France et cinquième associée de The Seventh House n’a peur de rien… Sandrine Plasseraud répond au « Questionnaire d’INfluencia », autour d’une madeleine et d’un thé, au sein de l’Hôtel Littéraire Le Swann* – Proust oblige.
INfluencia : Votre coup de cœur ?
Sandrine Plasseraud : Il est un peu lié à ma personnalité parce que je suis quelqu’un d’ultra-sensible et d’émotionnel. Je me force à courir 10 km tous les jours sur le canal de l’Ourcq pour me vider la tête et c’est un peu mon échappatoire pour déstresser. Mais il y a trois mois – cela va paraître complètement ésotérique – j’ai découvert les bains de gong grâce à une de mes anciennes clientes avec qui je fais du yoga. Cette méthode de sonothérapie est une pratique ancestrale de méditation basée sur les vibrations sonores, qui vient du Tibet. On est assis sur le sol dans une salle et on écoute de la musique émise soit par des gongs tibétains, soit des gongs de cristal. L’expérience est tellement intense en termes de vibration et de sonorité qu’on est dans un lâcher prise total. On démarre par de la méditation et souvent, on s’endort. C’est aussi efficace qu’un jogging mais moins fatiguant (rires).
Je ne comprends même pas que cette avocate n’ait pas été radiée du barreau
IN. : Et votre coup de colère ?
S.P. : Il est lié à l‘affaire atroce du viol de Mazans. J’écoute beaucoup de podcasts, notamment Transfert réalisé par Slate, auquel je suis fidèle depuis six ou sept ans et qui avait raconté cette histoire sous le prisme de la fille de Gisèle Pélicot. J’ai trouvé cette femme extraordinaire, d’une formidable dignité et résilience. Et mon coup de colère est contre l’une des avocates des prévenus qui a passé son temps à se moquer de Madame Pélicot sur les réseaux sociaux. Je ne comprends même pas qu’elle n’ait pas été radiée du barreau et j’espère vraiment qu’elle ne pourra plus exercer à l’avenir.
Le Covid a complètement changé ma vie
IN. : L’évènement qui vous a le plus marquée dans votre vie ?
S.P. : Celui qui a le plus marqué ma vie, c’est le Covid. Je ne vais pas m’attarder sur le côté professionnel, (ndlr : Sandrine Plasseraud présidait alors We are Social France qu’elle avait fondée en 2010), mais lors du confinement en janvier 2021, j’ai décidé de faire une pause. Je m’étais battue pour mes collaborateurs et pour maintenir l’agence à flots, il y avait les bonnes personnes pour prendre ma place (ndlr Vincent Reynaud-Lacroze, jusqu’ici directeur général adjoint, est devenu directeur général). J’ai alors quitté l’agence et j’ai pris une année sabbatique, une décision qui, je pense, n’aurait pas été envisageable pour moi s’il n’y avait pas eu cette période de télétravail où on se détache émotionnellement de son quotidien. Je me suis fait cibler par une pub Instagram sur l’île Maurice qui proposait des visas « digital nomades » pour mieux vivre le Covid au soleil. Sur un coup de tête, j’ai postulé et je suis partie avec ma planche de paddle pour la mer, ma valise et mon chien, qui faisait quand même 36 kg… Je suis arrivée dans un pays que je ne maîtrisais pas. Je suis quelqu’un d’assez réservée et j’ai dû aller à la rencontre des gens, j’ai sympathisé avec des Mauriciens qui ne savaient pas qui j’étais. J’ai réappris à vivre sans le spectre d’un univers que j’adore, qui est celui de la communication et j’ai vraiment redécouvert qui j’étais. En ce sens, le Covid a complètement changé ma vie.Je suis quand même revenue dans ce monde, (ndlr en rejoignant The Seventh Hour en septembre 2022) mais avec du recul et surtout en sachant ce que j’avais envie de faire et de ne plus faire.
Je voulais être dessinatrice et créer
IN. : Votre rêve d’enfant ou si c’était à refaire
S.P. : j’adorais dessiner quand j’étais petite, je dessinais très bien les impressionnistes et en classe de troisième mon prof de dessin avait suggéré que je passe en option « arts plastiques ». C’était mon rêve. Je voulais être dessinatrice et créer. Mes parents en ont décidé autrement et j’ai passé un bac scientifique. J’ai quand même réussi à avoir une mention assez bien. Mais ce n’était vraiment pas mon kiff… Et en même temps, quand j’étais jeune, je me disais aussi qu’un jour j’aimerais avoir mon entreprise. C’était très étrange parce que mes parents étaient des fonctionnaires. À l’époque, on faisait souvent du camping et je me voyais bien avoir mon propre camping avec des activités de sports nautiques. Mais d’une certaine façon, le destin est bien fait. Après le bac scientifique, j’ai fait une école de commerce, puis j’ai rejoint Renault en Angleterre. Ma carrière « d’international top manager » était toute tracée. De retour en France en 2005, pour le lancement de la nouvelle Twingo, j’ai découvert la blogosphère, j’ai organisé plein d’événements avec les bloggeurs, j’ai créé mon propre blog. Et j’ai ensuite rejoint We are Social à Londres, qui était alors une startup, avant de monter la filiale en France en 2010. Quelques années plus tard, on était 120 avec 30 créatifs. Certes je ne suis pas devenue dessinatrice mais ma plus grande passion est de voir le saut créatif, de regarder naître des idées innovantes. J’ai vécu la création d’une autre façon.
J’ai appris à cuisiner pendant le Covid, alors que j’avais 40 ans
IN. : Votre plus grande réussite ? (pas professionnelle)
S.P. : M’être challengée il y a quelques années en participant à la GlaGla Race, course de stand up paddle sur le lac d’Annecy, gelé, en plein milieu du mois de janvier… et avoir terminé la course malgré le froid, et la chute de mon portable qui gît désormais au fond du lac d’Annecy, près de Talloires plus précisément !
J’ai une autre petite réussite à vous raconter : J’ai appris à cuisiner pendant le Covid, alors que j’avais 40 ans quand même… (rires). Je ne suis toujours pas très douée, mais au moins j’ai tenté.
Le syndrome de l’imposteur que beaucoup de femmes connaissent m’a poussée pendant très longtemps à ne jamais lâcher prise
IN. : Votre plus grand échec ? (idem)
S.P. : Il est dû à ce syndrome de l’imposteur que beaucoup de femmes connaissent (même si c’est aussi le cas pour certains hommes). Ce syndrome, lié au fait que je suis la première de ma famille à avoir fait des grandes études et à poursuivre une carrière, m’a poussée pendant très longtemps à ne jamais lâcher prise. Je pense avoir mis de côté ma vie personnelle – je n’ai pas eu d’enfants – pour pouvoir me prouver des choses dans ma carrière, toujours aller plus loin, etc. Aujourd’hui, je n’ai aucun regret, cela m’a construit et j’ai vécu des choses formidables. La création est un monde de passion, on ne se lève pas le matin avec une envie de pleurer quand on va travailler. Mais ce sujet est très intéressant. Quand j’ai pris mon année sabbatique, je me suis formée au coaching professionnel et, au-delà de mon métier actuel de communicant, je coache un certain nombre de femmes en entreprise. J’éprouve vraiment du plaisir à leur faire prendre conscience de leurs capacités intellectuelles et professionnelles, car ce syndrome est très bloquant pour beaucoup d’entre elles qui vont jusqu’à l’épuisement pour se prouver des choses alors qu’elles sont très intelligentes.
Ça fait toujours marrer en soirée quand j’essaye de placer quelques mots de chinois
Moins sérieusement, j’ai connu un autre échec : j’ai fait une partie de mon lycée à Tahiti et beaucoup de mes amie(s) faisaient partie de la communauté chinoise de Polynésie française, ce qui m’a donné envie d’apprendre le mandarin. De retour en métropole, j’ai donc suivi des cours de chinois pendant trois ans, en école de commerce et en libre à la Fac. Malheureusement force est de constater qu’aujourd’hui à part dire « Je m’appelle Sandrine » et « Je voudrais un Coca-Cola », mes efforts linguistiques en mandarin n’ont pas du tout porté leurs fruits mais ça fait toujours marrer en soirée quand j’essaye de placer quelques mots de chinois…
J’aimerais bien être réincarnée en mon braque de Weimar pour savoir comment il vit aujourd’hui
IN. : L’animal dans lequel vous aimeriez être réincarnée
S.P. : Je ne peux pas ne pas parler de mon chien Nougat, un braque de Weimar avec lequel j’ai vécu sept ans et lui faire un petit hommage puisqu’il est décédé il y a tout juste un an. Il m’a accompagnée partout, au bureau, en séminaire en Allemagne, à l’IIe Maurice, il a appris à nager aux Cannes Lions… Alors parfois je me dis que j’aimerais bien être réincarnée en lui pour savoir comment il vit aujourd’hui.
Mais la réalité est que je ne sais pas vivre sans la mer et, s’il y avait un animal dans lequel j’aimerais bien me réincarner, ce serait le dauphin. J’admire sa grâce, son agilité, sa façon de nager. J’ai eu la chance de nager plusieurs fois à l’Ile Maurice avec des dauphins et c’est juste magique.
Je suis fascinée par les exosquelettes et notamment par cette entreprise française qui s’appelle Wandercraft
IN. : L’invention la plus extraordinaire selon vous ?
S.P. : Je ne vais pas vous répondre l’intelligence artificielle, même si c’est hyper intéressant. En fait, je suis fascinée par les exosquelettes et notamment par cette entreprise française qui s’appelle Wandercraft, qui a été cofondée par un ancien d’Orange, Jean-Louis Constanza. C’est magique de voir comment ils réussissent à aider des paraplégiques à remarcher de manière autonome et fluide, sans béquilles, pour qu’ils retrouvent la liberté qui est liée à cela. Cela me fait rêver. C’était bouleversant de voir un porteur de la flamme olympique en juillet dernier marcher grâce à un exosquelette.
IN. Quel livre emporteriez-vous sur une île déserte ?
S.P. : Je partirais avec celui qui est mon « meilleur livre ever » : « L’île du Dr Mallo » (« The Stars’ Tennis Balls ») de Stephen Fry. C’est l’histoire de Ned, un jeune homme brillant sous tous rapports, qui tombe dans un traquenard idiot monté par des camarades jaloux, il se retrouve enfermé dans un terrible hôpital psychiatrique pendant 20 ans, va s’en échapper et se venger. Des années plus tard, j’ai compris que c’était l’histoire du Comte de Monte-Cristo, mais transposé dans la Grande-Bretagne contemporaine. Je l’ai relu et j’ai toujours autant aimé. C’est remarquablement écrit, satirique et captivant. Une vraie leçon de morale.
Si j’ai droit à un deuxième ouvrage, je prendrais « Intuitio », un livre de Laurent Gounelle parce que je crois beaucoup au pouvoir de l’intuition et sous la forme d’une fiction, Laurent Gounelle nous embarque dans un apprentissage de nos capacités intuitives.
* l’Hôtel Littéraire Le Swann, situé au cœur du quartier historiquement proustien de la plaine Monceau et de Saint- Augustin, présente une collection d’œuvres originales sur l’écrivain ainsi que des pièces de haute couture, des photographies, des tableaux, des sculptures. Notre interviewé(e) pose à côté d’une sculpture de Pascale Loisel représentant bien sûr l’auteur d’ « À la recherche du temps perdu ».
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The Seventh House est une agence de communication, transformation et innovation créée il y a 4 ans. Cinq associés : Édouard de Pouzilhac, Matthieu Frairot, Olivier Sebag, Thomas Couteau et Sandrine Plasseraud. Elle constitue et forme des équipes courtes et séniors les plus performantes et affinitaires possibles à partir d’une communauté de 200 talents indépendants et des partenariats avec des structures indépendantes.
Filiale : The Seventh Playground, spécialisée dans le marketing du sport et de l’entertainment, dirigée par Julien Dupont.
Principaux clients : Coopérative U, Royal Canin, Peugeot, Orange, Lacoste, Ramsay Santé, Sephora, Malt.