INfluencia : Vous détaillez souvent les méfaits de l’hypercommunication actuelle mais dans votre ouvrage, vous nous pousser à parler. N’est-ce-pas antinomique ?
Matthieu Wildhaber : La démultiplication des moyens de communication fait déferler sur nous des messages 24 heures sur 24. Certains tentent de lutter contre ce phénomène en se coupant de certains réseaux ou en limitant leur prise de parole mais ne pas communiquer aujourd’hui vous renvoie sur le banc de touche et risque, à terme, de vous faire disparaître. Cette stratégie peut vous soulager sur le court terme mais elle peut vous faire cesser d’exister…
IN : Il faut donc communiquer et empirer encore l’hypercommunication qui nous harcèle…
M. W. : Parler ne veut pas dire parler sans cesse. Il fait aujourd’hui chercher à dire moins mais mieux. J’ai mis au point pour cela un exercice amusant et simple auquel je m’astreins quasi quotidiennement. Le « tiers de moins » est un concept que je propose à certains clients trop bavards. Ils doivent, dans chaque prise de parole, s’arrêter un tiers avant ce qui était initialement prévu. Si vous avez prévu un créneau d’une heure pour une réunion, terminez là après 40 minutes et couper de 30% la longueur de vos mails ou le nombre de slides de vos présentations. Cet exercice intellectuel vous donnera un peu d’air frais dans vos journées. Plus c’est concis, plus c’est sexy…
IN : Cette réunionite aigüe est un mal très franco-français. Elle n’existe pas partout…
M. W. : Effectivement mais ma maison d’édition est française. J’ai donc décrit les habitudes de ce pays. En Suisse romande où je vis, les prises de parole suivent un modèle qui reprend certaines caractéristiques françaises et alémaniques. Dans les nations germanophones, les réunions sont mieux organisées et durent moins longtemps. Je travaille aussi souvent au Québec et cette région est un savant mélange entre la France et les Etats-Unis. Les Québécois parlent pour exister mais dans le même temps, ils se méfient des beaux parleurs.
IN : Certains commencent à quitter les réseaux sociaux pour éviter d’être submergés par l’hypercommunication.
M. W. : Certains ferment en effet leur compte notamment sur X mais il est difficile de savoir s’il ne s’agit pas en réalité d’une sorte de vase communiquant d’un réseau à l’autre. Une chose est certaine toutefois. On observe un phénomène de saturation qui pourrait nous conduire vers plus de sobriété à l’avenir.
IN : Quelles conseils donneriez-vous concernant les attitudes à adopter lors des visioconférences ?
M. W. : Lors des visioconférences, il faut éviter d’être plus de quatre participants et même dans ces cas-là, il y a toujours quelqu’un qui est sur son smartphone avec un mauvais réseau et cela créé rapidement de la cacophonie. Sur Teams, il faut suivre des règles strictes comme ne pas se couper la parole et ne pas parler plus d’une minute à la suite. La vidéo doit aussi être privilégiée. On a le droit de se voir et de se sourire au travail. Lors des visioconférences, j’impose aux participants d’allumer leur caméra lorsqu’ils prennent la parole. Il est important d’humaniser la parole car cela libère les échanges.
IN : Quels autres conseils pourriez-vous donner à nos lecteurs ?
M. W. : N’oubliez jamais que toute question appelle une réponse et qui dit réponse, ne dit pas explication. Répondez toujours aux questions que l’on vous pose quitte ensuite à ajouter quelques compléments. Respectez ensuite le rythme ternaire…
IN : Le rythme ternaire ?
M. W. : Le 3 est un chiffre magique en rhétorique ! Pourquoi ce chiffre ? Car il est omniprésent. Dans l’histoire, tout se décline par trois : le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; le matin, le midi et le soir ; la thèse, l’antithèse et la synthèse ; la naissance, la vie et la mort ; liberté, égalité et fraternité ; Fluctuat nec mergitur ; « Yes, we can » ; « Just do it »… Notre cerveau est habitué à encoder ce rythme ternaire. Il nous est plus aisé de retenir ce qui se décline en trois temps qu’en quatre. Vous devez vous efforcer de structurer vos messages de cette manière. Si vous avez cinq points importants à dire, apprenez à hiérarchiser l’information. Ne transmettez que les trois points les plus importants. Tout n’est pas essentiel. Et quand bien même vous êtes exhaustif, personne ne retiendra l’entièreté de vos propos.