17 mars 2025

Temps de lecture : 3 min

Face à l’actualité anxiogène : un niveau d’angoisse record chez les jeunes en 2024

Ce que révèle le baromètre annuel Ipsos sur la santé mentale des adolescents publié vendredi. 7 adolescents sur 10 ne consultent pas de professionnels de santé. Selon les experts, agir et encourager une approche optimiste face aux crises permettrait de mieux gérer cette détresse.

Violences faites aux enfants, état du monde, réchauffement climatique : l’angoisse des jeunes face à l’actualité a atteint son plus haut niveau en 2024, selon un baromètre annuel sur la santé mentale des adolescents (jeunes âgés de 11 à 15 ans) publié vendredi 14 mars 2025. Selon cette enquête Ipsos réalisée fin 2024 avant les derniers soubresauts géopolitiques liés aux Etats-Unis, l’angoisse atteint un niveau record (31%, +2 points en un an, +5 points depuis 2021), derrière l’incompréhension (50%) et devant la colère (26%), la peur (25%) ou l’ennui (17%). Effectuée depuis 2021 par l’association « Notre avenir à tous », en partenariat avec la chaire innovation santé de l’Essec, cette étude a été menée auprès de 1.000 jeunes âgés de 11 à 15 ans du 22 novembre au 6 décembre 2024.

Deux jeunes sur cinq touchés par des troubles de l’anxiété

Parmi les sujets d’actualité jugés les plus stressants par cette classe d’âge, 44% citent les violences faites aux enfants (racket, harcèlement à l’école, pédophilie), 41% (+11 points depuis 2021) l’état du monde (les relations entre les pays, la situation dans les autres pays que la France, les guerres et les conflits, etc.) et 39% l’état de la planète (le réchauffement climatique, les tempêtes, les espèces en voie de disparition…). Ils sont de plus en plus nombreux à avoir le sentiment que l’information qu’ils lisent sur leur smartphone leur est mal expliquée (41%, contre 32% en 2022). Au-delà de l’actualité, l’école est une source d’angoisse fréquente pour plus d’un adolescent sur quatre: 62% des adolescents interrogés disent notamment être très angoissés par les interrogations ou les notes.

Sur la question de la santé mentale, décrétée grande cause nationale 2025 par le gouvernement Bayrou, plus de deux jeunes interrogés sur cinq (45%) déclarent être touchés par des troubles de l’anxiété. Ils étaient 49% en 2023.

Des possibilités d’agir pour répondre à l’angoisse des jeunes selon des spécialistes

Face à leurs problèmes de santé mentale, la grande majorité des adolescents interrogés confient rester seuls – 7 sur 10 n’en parlent pas à des professionnels de santé.

« On sent que les adolescents sont inquiets, ils ont une souffrance qui augmente c’est sûr mais ce n’est pas irrémédiable », souligne auprès de l’AFP la pédopsychiatre Marie-Rose Moro. « Cette angoisse des jeunes face à l’actualité n’est pas nouvelle. Par définition, c’est un des défis de l’adolescence de se confronter à la réalité du monde et de ses incertitudes, et de ses guerres, et de ses changements climatiques », poursuit-elle. Mais depuis quelques années, la cheffe de service de la maison de Solenn, maison des adolescents de l’hôpital Cochin à Paris, relève une « préoccupation nouvelle » des adultes, notamment des parents, qui « projettent sur les plus jeunes beaucoup d’angoisse et de pessimisme ». Or, insiste-t-elle, les adultes peuvent « aider les plus jeunes en leur donnant les moyens de gérer et d’agir. Cela passe par l’école, les cours d’histoire, de philosophie, de géographie, de français, le développement de l’esprit critique ».

« Comment en parler? »

Un avis partagé par la pédopsychiatre Laelia Benoit, qui mène depuis 2021 une étude sur l’impact du changement climatique sur le bien-être et la santé mentale des enfants et des adolescents. « On a fait une étude qui a comparé le message à transmettre aux jeunes par rapport au climat parce que c’est toujours une question que les adultes se posent : est-ce qu’on peut en parler ? Comment on en parle ? Est-ce qu’il faut être optimiste ? Est-ce qu’il faut être pessimiste ? On a peur d’aggraver leur anxiété », souligne la chercheuse à l’Inserm et au Yale Child Study Center. « On a comparé message optimiste, message pessimiste et absence de message. L’étude montre que le pire pour l’éco-anxiété c’est l’absence de message, qui est compris comme de l’indifférence », ajoute-t-elle. « Et l’idéal, c’est d’en parler de manière optimiste. » Comme Marie-Rose Moro, elle insiste sur l’importance de l’action « concrète » pour les jeunes générations. « L’objectif ne va pas être forcément de résorber concrètement l’eco-anxiété, cela va être surtout d’augmenter l’espoir et la capacité d’action. Si on agit, ça préserve la santé mentale. Ça peut passer par la vente de vêtements d’occasion dans son école ou par l’installation de panneaux solaires sur le toit de l’école… »

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