Comment les journalistes français perçoivent l’avenir de leur profession ?
Second volet du baromètre 2025 consacré aux journalistes français, Comfluence dévoile aujourd’hui les résultats concernant les défis et aspirations d’une profession en pleine transformation. Le spécialiste des relations presse et de la communication d’influence alerte sur une dégradation significative de l’état d’esprit des journalistes...
En 2025, le journalisme traverse une période charnière, oscillant entre les défis liés à l’instantanéité de l’information et la nécessité d’un travail de fond rigoureux. Face à la montée de l’intelligence artificielle, à la prolifération des fake news et à l’évolution des modes de consommation de l’information, les journalistes doivent sans cesse adapter leur approche et réinventer leur métier. Plus que jamais, ils jouent un rôle essentiel dans la véritable médiation de l’information, garantissant la crédibilité et la vérification des faits dans un monde où la désinformation se propage à une vitesse inédite.
La presse d’aujourd’hui ne peut plus seulement informer, elle doit aussi analyser, décrypter et contextualiser pour répondre aux attentes d’un public de plus en plus exigeant en matière de transparence et d’indépendance. Dans ce contexte, les journalistes ne sont plus seulement des témoins du présent, mais aussi des acteurs stratégiques de la compréhension du monde et de la construction du débat public.
Une profession à rassurer
Perte de confiance des Français, montée de l’IA, concentration capitalistique… Si 80 % des journalistes se projettent toujours dans leur métier, comme nous le révèle ce nouveau baromètre 2025 consacrés aux journalistes français par le cabinet Comfluence, la majorité d’entre-eux se se sentent confrontés à des défis dont l’issue leur apparaît comme incertaine… à commencer par une situation économique préoccupante. Comme le soulignent plusieurs des journalistes qui ont témoigné, la baisse des revenus publicitaires et la concurrence des plateformes numériques contraignent les rédactions à repenser leurs modèles et à restreindre leurs équipes.
À cela s’ajoute de vives interrogations sur l’évolution « à marche forcée » du métier : « Certains métiers historiques craignent pour leur avenir comme les Secrétaires de rédaction », déclare un journaliste de la presse quotidienne régionale. En effet, L’intégration progressive de l’IA, bien que perçue comme un outil d’aide, suscite des interrogations quant à l’avenir du journalisme d’investigation et de terrain. Ils sont plus de 65 % des journalistes à juger que l’IA modifiera profondément leurs pratiques, mais sans révolutionner totalement leur profession. Déjà, 18 % l’utilisent pour automatiser certaines tâches rédactionnelles.
Un sentiment d’isolement croissant : « Je vois un avenir sombre …, avec des moyens qui manquent et un intérêt des auditeurs pour le journalisme en diminution. La concurrence continue de s’accroitre avec les réseaux sociaux et complique notre profession qui fait face à de plus en plus de fake news, et les dirigeants ne réagissent pas », affirme un journaliste d’une radio nationale. La montée en puissance des réseaux sociaux comme sources d’information favorise un affaiblissement du rôle traditionnel des journalistes, conduisant à une perte de repères. En effet, 47 % des journalistes considèrent que les réseaux sociaux nuisent à la qualité de l’information et fragilisent leur métier.
Un optimisme qui s’effrite
Si la majorité des journalistes reste engagée, la confiance dans l’avenir de leur média est en chute libre. Seuls 52 % d’entre eux se disent confiants dans la capacité de leur rédaction à surmonter les défis actuels, un chiffre en nette baisse par rapport à 2024, où ils étaient encore 69 % à exprimer cette confiance. Cette incertitude croissante se traduit également par une remise en question professionnelle : près de 20 % des journalistes envisagent aujourd’hui une reconversion, contre seulement 10 % l’année précédente.
Dans ce contexte difficile, les priorités évoluent. Pour 41 % des professionnels, l’enjeu principal repose sur la recherche d’un nouveau modèle économique, seul moyen de garantir la viabilité et l’indépendance des médias. Parallèlement, 35 % des journalistes considèrent que la reconquête de la confiance du public doit être placée au centre des préoccupations, illustrant ainsi la nécessité de restaurer un lien crédible avec l’audience face à la montée des contenus non vérifiés et des nouvelles formes de désinformation.
Face à ces incertitudes, trois attentes majeures se dégagent au sein de la profession. La première est la nécessité absolue de préserver l’indépendance du métier, alors que la concentration des médias autour d’un nombre restreint d’investisseurs et les pressions économiques pèsent de plus en plus sur les lignes éditoriales. Ensuite, il s’agit de réaffirmer la valeur du journalisme d’enquête, menacé par l’instantanéité des contenus et la diffusion massive d’informations non sourcées. Enfin, l’intégration croissante de l’intelligence artificielle dans les rédactions suscite autant d’espoirs que de craintes. L’enjeu sera donc de l’accompagner et l’encadrer afin d’en faire un levier d’amélioration, plutôt qu’une menace pour la profession et ses fondamentaux.
Une volonté de résister
Face à ces défis, d’autres pistes de réflexion s’ouvrent : la montée du journalisme de solutions, qui cherche à répondre aux attentes d’un public en quête d’informations constructives, l’émergence de modèles indépendants soutenus par les abonnements et le financement participatif, ou encore le développement de formats hybrides (podcasts, newsletters premium, documentaires en streaming) qui redéfinissent les pratiques journalistiques. Si le métier traverse une crise, il demeure un pilier essentiel du débat démocratique et doit, plus que jamais, trouver sa place dans un écosystème médiatique en pleine mutation.
Le Baromètre Comfluence 2025 révèle en effet une profession en quête de repères, tiraillée entre passion pour l’information et crainte pour l’avenir. Malgré les défis protéïformes, une majorité de journalistes reste déterminée à exercer leur métier, consciente de leur rôle crucial dans la société. Pour combien de temps encore ?
Méthodologie : Sondage mené en janvier 2025, avec 107 journalistes répondants issus de divers médias (presse écrite, TV, radio, web, agences de presse) ainsi que 10 entretiens qualitatifs.